Le testament que vous avez fait il y a dix ans reflète-t-il encore vos volontés? Un déménagement, une naissance, une séparation, un décès dans la famille : beaucoup de choses ont peut-être changé depuis votre planification successorale initiale. Mais votre document, lui, ne se modifie pas tout seul.
Un testament est modifiable en tout temps, mais encore faut-il savoir quand il est réellement nécessaire de le faire et quelle méthode utiliser. On vous explique les informations essentielles à savoir à ce sujet.
En bref
- Un testament se modifie en tout temps, tant que vous êtes apte à donner un consentement libre et éclairé.
- Il y a deux façons de faire : le codicille pour un changement mineur, un nouveau testament pour le reste.
- La modification n'a pas à prendre la même forme que le testament d'origine.
- Si la modification n'est pas notariée, elle devra être vérifiée après votre décès, avec des frais et des délais pour vos héritiers.
Quand faut-il modifier son testament?
Il n'y a pas de réponse unique, car le besoin varie d'une personne à l'autre. Vous pouvez le faire en tout temps, à condition d'être en mesure de donner un consentement libre et éclairé.
De manière générale, il est recommandé de revoir votre testament lorsque les clauses inscrites ne sont plus à jour. Cela peut se produire lorsque :
- Votre situation familiale a évolué ;
- Votre situation financière a changé ;
- Vos volontés ne sont plus les mêmes ;
- La loi a changé depuis la rédaction du document.
Les grandes étapes de la vie sont un bon moment, comme l'arrivée d'un enfant, l'achat d'une maison, la création d'une entreprise ou une séparation. Le décès d'un héritier ou du liquidateur désigné est aussi l'occasion de modifier votre testament.
Après un divorce : ce que la loi fait à votre place
Après un divorce, vous n'avez pas à refaire votre testament en urgence pour en retirer votre ex-conjoint : la loi s'en charge pour vous. Elle annule automatiquement les legs faits à votre conjoint, ainsi que sa nomination comme liquidateur, le cas échéant. Vous n'avez aucune démarche à faire. Les mêmes règles s'appliquent en cas de nullité du mariage ou de l'union civile prononcée de votre vivant.
Il existe toutefois une exception. Si votre testament précise explicitement que vous souhaitez que votre ex-conjoint hérite, même en cas de divorce, il demeure votre héritier.
Mais attention : si vous êtes séparés sans être divorcés, la loi ne s'applique pas. Tant que le jugement de divorce n'est pas prononcé, votre conjoint demeure légataire et liquidateur.
Et si vous étiez conjoints de fait? La loi ne s'applique pas non plus, car le Code civil ne reconnait pas la séparation des conjoints de fait comme un fait juridique.
Dans ces deux cas, une modification de votre part est nécessaire.

En cas d'union parentale
Si vous vivez en union de fait et que vous avez eu un enfant commun depuis le 30 juin 2025, vous êtes probablement assujettis au régime d'union parentale. L'entrée dans ce régime change vos droits successoraux. C'est donc un bon moment pour revoir votre testament en conséquence.
Modification testamentaire : deux options possibles
Pour effectuer un changement à votre testament, deux solutions s'offrent à vous :
- Faire un codicille, c'est-à-dire un amendement au testament actuel ;
- Refaire un nouveau testament au complet.
L'option à privilégier dépend de l'ampleur des changements que vous souhaitez apporter. Dans les deux cas, la modification doit respecter les normes de l'une des formes de testament reconnues au Québec.
1. Le codicille (amendement au testament)
Le codicille désigne une modification faite à un testament déjà existant, qui n'a pas pour but de le remplacer ni de l'annuler. Le document original demeure valide, sauf en ce qui concerne le changement apporté.
Il peut prendre deux formes :
- Un document distinct, particulièrement utilisé pour les testaments notariés ;
- Une inscription directement sur votre testament, dans le cas des testaments olographes et devant témoins.
Dans le second cas, vous pouvez par exemple raturer une clause de votre testament que vous ne voulez plus pour annuler la disposition qu'elle contenait. Signez et datez en marge de chaque modification pour que votre liquidateur puisse confirmer que le changement vient bien de vous.
Lors de votre décès, les ajustements seront consultés et indiqueront à vos héritiers les changements effectués. Mais le codicille peut parfois créer des problèmes d'interprétation, surtout s'il est rédigé sans aide. C'est pourquoi il vaut mieux l'utiliser pour des changements mineurs.
Comme le testament d'origine, le codicille peut être notarié, olographe ou fait devant témoins. S'il n'est pas notarié, il devra être vérifié au moment du décès pour confirmer sa validité, ce qui entraine des coûts et des délais supplémentaires.
N'hésitez pas à faire appel à un notaire pour vous conseiller.

2. Refaire un nouveau testament
La seconde option consiste à refaire le document en entier. C'est ce nouveau testament qui servira à régler votre succession après votre décès.
Vous pouvez écrire la nouvelle version par vous-même (olographe), devant témoins ou avec un notaire. Les deux premières méthodes de rédaction devront être vérifiées et validées à la suite de votre décès, contrairement au document notarié. La modification n'a d'ailleurs pas à prendre la même forme que le testament d'origine.
Mais attention : un nouveau testament n'annule pas automatiquement les précédents. Le Code civil distingue la révocation expresse, faite par une déclaration explicite, et la révocation tacite, qui ne joue que dans la mesure où une nouvelle disposition est incompatible avec une disposition antérieure.
Sans clause de révocation claire, vos deux testaments pourraient donc coexister. Ce sera alors au liquidateur de déterminer ce qui est compatible et ce qui ne l'est pas, ce qui peut créer des problèmes d'interprétation. Il est donc fortement recommandé de prévoir une clause de révocation.
Enfin, il est possible de mettre fin à un testament sans en créer un nouveau. Votre succession sera alors réglée comme si vous n'aviez jamais eu de testament.
Comment modifier un testament déjà déposé chez un notaire?
La démarche est la même : la modification doit se faire par un codicille ou un nouveau testament, reçu par un notaire.
Vous n'avez pas à contacter le notaire qui a rédigé l'original. Vous n'avez pas non plus besoin de récupérer le document d'origine, puisque votre testament est inscrit au Registre des dispositions testamentaires de la Chambre des notaires. C'est ce registre qui permettra à vos héritiers de retrouver le document le plus récent, par une recherche testamentaire après votre décès.
Une fois produit, le nouveau document y sera inscrit à son tour.
Codicille ou nouveau testament : comment choisir?
Le codicille convient aux changements mineurs : corriger un nom, remplacer le liquidateur, ajuster un legs particulier. Pour le reste, refaire le document est généralement plus sûr.
Il y a notamment deux situations où le codicille est déconseillé :
- Lors de changements multiples : modifier plusieurs sections par codicille risque de créer des contradictions. La complexité du dossier peut aussi faire grimper le coût inutilement.
- Lors de changements délicats : les modifications faites par codicille seront visibles pour vos proches après votre décès. Si vous déshéritez un membre de la famille, par exemple, cela peut créer un conflit entre vos héritiers. Refaire un testament préserve la confidentialité de vos décisions.
Dans le doute, demandez l'avis de votre notaire : il connait les impacts légaux des deux options et saura laquelle convient à votre dossier.
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